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Prendre en compte les personnes survivantes : un outil d’éducation au consentement qui tient compte des traumatismes

Rédigé par : Jessica Wright

La promotion de l’éducation au sujet du consentement sexuel enthousiasme est devenue l’un des moyens les plus populaires de contrer la violence fondée sur le genre au sein des campus collégiaux et universitaires. Malgré tout, plusieurs de ces initiatives sont relativement nouvelles et il est essentiel de s’intéresser aux personnes à qui elles s’adressent et aux enjeux liés au consentement qui sont considérés comme étant prioritaires. Au cours de mon doctorat, j’ai eu de nombreuses discussions avec des jeunes qui s’identifient comme survivants et comme survivantes à propos de leur compréhension et de leurs expériences face au consentement ainsi que des stratégies d’éducation à ce sujet. Les jeunes qui ont vécu des traumatismes sont plus de deux fois plus susceptibles d’être à nouveau victimes de violence sexuelle, en comparaison à leurs pairs qui n’ont pas de tels antécédents (Statistique Canada, 2017). Mes recherches indiquent qu’une grande partie de l’éducation au consentement qui est réalisée actuellement ne tient pas compte des risques uniques de (re)victimisation auxquels les survivants et les survivantes sont confrontés. Il y a donc un besoin criant de développer des stratégies d’éducation au consentement qui tiennent compte des traumatismes. Ci-dessous, je propose une liste (non exhaustive) de questions directrices pour le développement d’une telle approche.

LA PRÉVENTION TIENT POUR ACQUIS QU’AU SEIN DE LA COMMUNAUTÉ, TOUTES ET TOUS ONT VÉCU DE LA [VIOLENCE FONDÉE SUR LE GENRE] (QUE CE SOIT OU NON LE CAS) ET LES ENCOURAGE À PRENDRE LES RÊNES DE LEUR VIE. ELLE EST UNE OCCASION DE NORMALISER LA DISCUSSION, C’EST-À-DIRE DE METTRE FIN À L’OMERTA ET VENIR À BOUT DES MYTHES QUI BANALISENT ET JUSTIFIENT LA [VIOLENCE FONDÉE SUR LE GENRE] (RAPPORT LE COURAGE D’AGIR, P.91).

Les stratégies d’éducation reconnaissent-elles que de multiples types de traumatismes sont répandus dans nos communautés ?

  • Est-ce que la présence de personnes survivantes dans le milieu d’études est reconnue, tout comme le fait que les traumatismes sont répandus dans notre société (par exemple via la misogynie, la culture du viol, l’homophobie et le racisme) ? Est-ce qu’on adopte une approche intersectionnelle dans la compréhension des traumatismes afin de stimuler la réflexion concernant les oppressions combinées et les traumatismes intergénérationnels ?

  • Comment les personnes survivantes sont-elles prises en compte ? Par exemple, discuter de consentement quand une personne a vécu une agression sexuelle peut déclencher un traumatisme. Des efforts sont-ils déployés pour promouvoir la notion de sécurité, par exemple en créant un espace permettant aux étudiants et aux étudiantes de réfléchir à ce qu’ils et elles ressentent avant, pendant et après les formations ? Existe-t-il des mesures de soutien telles que des conseillers, des conseillères ou des ressources d’intervention communautaires pour permettre aux étudiants et aux étudiantes de parler à quelqu’un, si le besoin s’en fait sentir ?

  • Comment parle-t-on des personnes qui commentent la violence sexuelle ? Est-ce que l’on reconnaît que ceux et celles qui commentent des gestes de violence fondée sur le genre ont souvent vécu des traumatismes et qu’ils et elles ont également besoin de soutien ?

Est-ce que les formations permettent de comprendre et de mettre en contexte le comportement des personnes survivantes ?

  • Est-ce que l’on discute de la zone grise qui entoure la notion de consentement ? Le concept de consentement est décrit par plusieurs chercheurs et chercheures comme étant nébuleux, contesté et continuellement mal défini. Pourtant, dans la plupart des cas, une interaction sexuelle saine est présentée comme quelque chose de simple, binaire et qui tombe sous le sens – il suffit de dire « Oui ! » et tout va bien, ou de dire « Non ! » pour vous placer à l’abri de la violence sexuelle. Malheureusement, cette façon binaire et simplifiée de voir les choses rend les expériences des personnes survivantes inintelligibles et dissimule certains gestes de violence qui pourraient être évités. J’ai développé des études de cas qui se situent en « zone grise » et qui sont basées sur les expériences des personnes participantes à mes recherches. Pour plus d’informations, veuillez me contacter via www.jessica-wright.ca.

  • Les impacts psychosociaux des traumatismes sont-ils abordés en relation avec leur impact sur le consentement ? Par exemple, les personnes survivantes d’abus sexuel durant l’enfance pourraient être plus susceptibles d’acquiescer aux demandes ou aux désirs des autres ou de considérer un traitement abusif comme étant « normal ». Est-ce que les formations traitent du consentement de la même manière pour tout le monde ? Un autre exemple concerne les expériences de dissociation qui, selon mes recherches, rendent parfois le consentement difficile, voire impossible. La notion de dissociation est-elle discutée comme exemple de situation qui peut créer des zones grises autour de la notion de consentement ?

  • La réduction des torts causés par la violence sexuelle est-elle une priorité ? Certaines formations au sujet du consentement exagèrent les risques associés à l’exploration sexuelle et se concentrent sur la capacité à s’opposer ou à dicter ses limites. Cette stratégie est particulièrement contre-productive et fait porter le blâme sur les jeunes survivants et survivantes qui font face à leurs traumatismes en ayant certains comportements jugés risqués. Certains mécanismes d’adaptation, comme le fait d’avoir des relations sexuelles fréquentes et/ou non-significatives ou l’usage de substances, peuvent les exposer à un risque de (re)victimisation. Cependant, il s’agit aussi de mécanismes qui permettent de faire faire à des traumatismes particulièrement difficiles. Ils ne devraient donc pas nécessairement être considérés comme pathologiques.

L’autonomisation des personnes survivantes figure-t-elle parmi les objectifs d’intervention ?

  • Est-ce que les personnes survivantes sont invitées à participer à des activités qui simulent la violence sexuelle ? Par exemple, une activité qui consiste à jumeler les étudiants et les étudiantes et à demander à l’un d’essayer de contraindre l’autre à faire quelque chose peut être préjudiciable. Quelles autres solutions pourraient permettre d’obtenir des résultats d’apprentissage similaires sans engendrer de traumatismes ?

  • Est-ce que les stratégies d’éducation donnent aux personnes survivantes la possibilité de se mettre aux commandes de leur vécu ? Par exemple, le fait de discuter du concept de croissance post-traumatique peut mettre en évidence la résilience des personnes survivantes plutôt que de les faire paraître « endommagées » ou « à risque ».

  • La voix des personnes survivantes est-elle entendue ? Celles-ci ont souvent quelque chose à dire en regard des expériences qu’elles ont vécues et des défis auxquels elles font face.

Est-ce qu’une approche holistique qui respecte toutes les personnes impliquées est mise en place ?

  • Le bien-être des personnes qui animent les formations, qui peuvent être elles-mêmes survivantes et affectées par les traumatismes indirects, est-il pris en compte ? Une approche qui tient compte des traumatismes se doit d’être holistique et de prioriser la sécurité physique et psychologique de toutes les personnes impliquées.

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Référence suggérée : Wright, Jessica (2020, Octobre). Prendre en compte les personnes survivantes : Un outil d’éducation au consentement qui tient compte des traumatismes. Le courage d’agir. www.couragetoact.ca/blog/consentement

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Jessica Wright (she/they)

Jessica Wright est une militante et une chercheure primée sur la violence genrée qui termine actuellement ses études doctorales à l’Institute for Studies in Education, du Department of Social Justice Education à l’Université de Toronto, en Ontario. La bourse interdisciplinaire sur l’éducation préventive en matière de violence fondée sur le genre dont elle est la lauréate s’appuie sur son travail en matière d’éducation sexuelle, sur son militantisme sur les campus et sur son expérience de bénévolat dans un refuge pour les femmes et les enfants ayant vécu des sévices.

Comme universitaire et activiste à l’Université de Toronto, Jessica a participé aux travaux de Silence is Violence en dirigeant une équipe de recherche étudiante. En 2019, après trois ans d’efforts, l’équipe a publié un rapport de 60 pages portant sur les résultats d’un questionnaire distribué à plus de 500 étudiants et étudiantes au sujet de leurs expériences et de leur compréhension de la violence genrée sur les trois campus de l’Université de Toronto.

Jessica travaille également avec une équipe de personnes dévouées en matière d’éducation sexuelle en Ontario qui étudient les politiques publiques canadiennes à ce sujet et mettent de l’avant une éducation sexuelle centrée sur les besoins de la communauté étudiante, anti-oppressive et qui tient compte des traumatismes. Leurs travaux visent les enfants d’âge scolaire tout comme ceux et celles qui étudient dans un établissement d’enseignement postsecondaire.

Visitez son site web : www.jessica-wright.ca.

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