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Ensemble pour contrer la banalisation des violences à caractère sexuel

Rédigé par : Isabel Fortin, Conseillère en prévention et en résolution du harcèlement et des violences à caractère sexuel au Bureau de prévention et d’intervention en matière de harcèlement (BIPH) à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre de notre communauté de pratique francophone

 

Le 8 décembre 2017, la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur a été adoptée au Québec. La Loi prévoit que tout établissement d’enseignement doit établir une politique qui a pour objectif de prévenir et de combattre les violences à caractère sexuel dans le but d’assurer des lieux d’études et de travail sains, sécuritaires et respectueux. L’article 3 de cette loi précise que les établissements doivent, entre autres, mettre en place des formations obligatoires à l’ensemble de leur communauté.

Conformément à ses obligations, l’Université du Québec à Montréal (UQAM), s’est dotée d’un comité permanent qui a vu à l’élaboration de la politique no. 16 visant à prévenir et à combattre le sexisme et les violences à caractère sexuel en juin 2019. Le mandat de ce Comité est notamment de collaborer avec le Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH) de l’UQAM à l’élaboration d’une stratégie annuelle de prévention. Cette stratégie de prévention s’inspire de différents travaux récents, principalement ceux de la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur, ainsi que du « modèle intégrateur de trois approches » de Orchowski et ses collaborateurs (2018) [1].

Pour l’année en cours, le thème de la banalisation de violence à caractère sexuel est rapidement ressorti comme une priorité, et ce, autant au regard des résultats d’études récentes [2] que de ce qui est observé lors des formations offertes et des consultations dans le milieu. En effet, il y a encore, malheureusement, beaucoup de comportements inacceptables qui sont banalisés, normalisés et tolérés, autant par les personnes qui les subissent, celles qui en sont témoins ou informées que celles qui les commettent. S’attaquer aux enjeux relatifs à la banalisation des violences à caractère sexuel s’inscrit dans plusieurs des recommandations du milieu de la recherche, dont celles de l’équipe ESSIMU qui recommande aux institutions d’enseignement « de déconstruire les normes de genre et les perceptions ou croyances préjudiciables envers les victimes ; de présenter la violence sexuelle comme une question de pouvoir et de contrôle ; de dénoncer la culture du viol, incluant de véhiculer un message clair quant à la responsabilité des personnes qui commettent des gestes de violence sexuelle » [3]. Le mémoire « La violence sexuelle, toujours reconnue comme telle ? Étude exploratoire des repères mobilisés par les étudiantes universitaires de 1er cycle pour qualifier la situation vécue » par Rousseau (2019) [4] recommande également de miser sur la conscientisation de cette banalisation, plus précisément, la conscientisation des multiples formes de la violence sexuelle. L’objectif étant de « rendre légitime le sentiment de malaise ressenti, ce qui pourrait constituer un repère facilitant, la reconnaissance du caractère problématique de la situation » [4].

Dans le cadre de la stratégie annuelle de prévention du sexisme et des violences à caractère sexuel, la capsule de formation obligatoire « Ensemble pour contrer la banalisation des violences à caractère sexuel » a été déployée. Développée par l’UQAM en collaboration avec l’École de technologie supérieure, la capsule présente différents témoignages fictifs, rédigés à partir de situations rapportées dans différents milieux universitaires, de même que des compléments d’information. Ces témoignages, mis en scène par trois personnages sous forme de confidence à la caméra, abordent les vécus de personnes ayant subi, ayant été témoins ou informées et ayant commis une violence à caractère sexuel. Concrètement, cette capsule poursuit les objectifs suivants :

  • Augmenter l’identification d’une situation comme étant problématique ou nécessitant une intervention ;

  • Remettre en question la banalisation de certains comportements, propos et attitudes à caractère sexuel ;

  • Réduire la minimisation du vécu en lien avec les VACS ;

  • Augmenter la recherche de soutien ;

  • Favoriser des attitudes aidantes lors de dévoilement de VACS.

La capsule est offerte par le réseau de l’Université du Québec et sera diffusée à grande échelle dans plusieurs universités francophones du Québec.

Pour plus d’informations : formationvacs@uqam.ca

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[1] Orchowski & al. (2018) Integrating Sexual Assault Resistance, Bystander, and Men’s Social Norms Strategies to Prevent Sexual Violence on College Campuses: A Call to Action.

[2] « Peu d’étudiants qui ont subi des comportements sexualisés non désirés ont parlé de ce qui s’est passé à une personne rattachée à l’établissement d’enseignement, comme un membre du corps enseignant, les services de soutien aux étudiants ou les services de sécurité de l’établissement d’enseignement (9 % des femmes et 4 % des hommes). Un grand nombre d’étudiants ont déclaré que l’incident qui s’était produit n’était pas assez grave pour être signalé (74 % des femmes et 72 % des hommes), et certains ont dit qu’ils ne savaient pas que ce type d’incident pouvait être signalé (26 % des femmes et 10 % des hommes) » (Statistiques Canada, 2020).

Statistiques Canada (2020). Une étudiante sur dix a été agressée sexuellement dans un contexte d’études postsecondaires, [en ligne], https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/200914/dq200914a-fra.htm

[3] Bergeron, M., Paquette, E., Ricci, S., Rousseau, C. et St Hilaire, M. (dir.) (2019). Actes du symposium canadien sur la violence sexuelle dans les milieux d’enseignement supérieur |Proceedings of the Canadian symposium on sexual violence in post-secondary education institutions. Université du Québec à Montréal (UQAM), Montréal (QC), Canada : Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur.

[4] Rousseau, Catherine (2019). La violence sexuelle, toujours reconnue comme telle ? Étude exploratoire des repères mobilisés par les étudiantes universitaires de 1er cycle pour qualifier la situation vécue, [mémoire de maîtrise], Université du Québec à Montréal (UQAM), [en ligne], https://chairevssmes.uqam.ca/wp-content/uploads/sites/124/Me%CC%81moire.pdf

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Référence suggérée : Fortin, Isabel. (2021, février). Ensemble pour contrer la banalisation des violences à caractère sexuel. Le Courage d’Agir. www.couragetoact.ca/blog/banalisation

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Isabel Fortin

Isabel est conseillère en prévention et résolution du harcèlement et des violences à caractère sexuel au bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH) de l’Université du Québec à Montréal. Bachelière en sexologie et titulaire d’une maîtrise en criminologie, elle a travaillé pendant 7 ans au Centre d’Aide et de Lutte Contre les Agressions à Caractère Sexuel (CALACS) Trêve pour Elles. Elle a été intervenante dédiée, puis responsable de la liaison, du projet de passerelle de service entre le CALACS et l’UQAM. Dans ce contexte, elle a participé à un comité-conseil créé par le gouvernement du Québec dans le cadre de la Stratégie d’intervention pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel en enseignement supérieur 2017-2022. Elle a également été agente de liaison en violences sexuelles au Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) de la Montérégie et coordonnatrice de recherche au Centre d’étude sur le trauma du Centre de recherche Fernand-Seguin affilié à l’Hôpital Louis-H. Lafontaine.

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