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Prévenir les violences sexuelles dans les activités festives et sociales

Rédigé par : Katherine Lajoie, spécialiste en sensibilisation et prévention des violences sexuelles au Collectif social

Je ne crois pas vous apprendre quoi que ce soit en affirmant que les violences sexuelles sont fréquentes dans les activités festives et sociales, surtout en contexte d’études postsecondaires.

Chaque année au Canada, 1 femme sur 2 et 1 homme sur 3 sont la cible de comportements sexualisés non désirés dans un contexte lié aux études postsecondaires (Burczycka, 2020). Plus spécifiquement, dans les activités sociales qui sont organisées par les associations étudiantes, c’est près de 50 % des étudiant·e·s qui rapportent avoir vécu de la violence sexuelle (Burczycka, 2020). Cela fait en sorte que les événements étudiants figurent parmi les lieux les plus à risque de voir survenir cette violence en contexte d’études postsecondaires.

De nombreuses études l’affirment : qui dit activités où l’on consomme de l’alcool dit aussi fortes probabilités de violence sexuelle. On constate que plus de 50 % des agressions sexuelles rapportées par les femmes et 40 % de celles rapportées par les hommes sont commises dans un restaurant ou un bar situé à proximité d’un campus (Burczycka, 2020).

Ce constat nous amène inévitablement à la question suivante : qu’est-ce qui peut être fait pour prévenir les violences sexuelles dans les activités festives et sociales ? La bonne nouvelle, c’est qu’il existe une panoplie d’actions et de mesures à visée préventive qui peuvent être posées avant, pendant et après un événement festif ou social. Voici quelques suggestions et pistes de réflexion à cet effet. À noter que les suggestions suivantes s’adressent principalement aux associations étudiantes et autres comités chargés de l’organisation d’activités sociales et festives sur les campus, mais qu’elles peuvent être adaptées afin d’être implantées par d’autres groupes.

Avant l’événement

Tout d’abord, peu importe le rôle qu’on occupe en ce qui a trait à la lutte face aux violences sexuelles, une bonne base est de faire preuve d’engagement continu. Si on fait de la prévention tout au long de l’année, le message est plus fort et on rejoint davantage de personnes avec celui-ci : bref, pas besoin d’attendre la veille de l’événement pour annoncer notre position face à cet enjeu. Activités de prévention, participation aux kiosques tenus au sujet de la violence sexuelle sur votre campus, partage de différentes ressources en matière de prévention, les actions qui peuvent être mises en place à ce niveau sont nombreuses. Dans le même ordre d’idées, une bonne pratique est de communiquer ses attentes aux personnes participantes avant la tenue de l’événement, notamment en prévoyant des règles claires qui nomment explicitement que la violence sexuelle ne sera pas tolérée et en les communiquant d’avance pour que tout le monde sache à quoi s’attendre.

Il est également important de faire un choix éclairé d’emplacement et d’opter pour des lieux (plus) sécuritaires. On peut se poser des questions comme : Est-ce que le lieu est bien éclairé ? Est-ce qu’une équipe permettant d’assurer la sécurité des personnes participantes est présente ? Est-ce qu’il y a des recoins où quelqu’un pourrait être isolé des autres ? Est-ce que le lieu est facilement accessible à tout le monde ? Est-ce qu’il y a plusieurs sorties distinctes sur lesquelles il faudra garder un œil ? Etc.

On veut par ailleurs prévoir des activités qui sont agréables et inclusives. On peut se demander : quel est l’objectif visé par les différentes activités qui ont été planifiées ? Si le but est l’intégration de nouvelles personnes étudiantes dans une ambiance plaisante, mais que les activités ont une connotation sexuelle, sont humiliantes ou incitent à la consommation d’alcool ou de drogues, on passe à côté de la plaque. Enfin, afin de s’assurer que tout le monde se sente libre de participer aux activités selon son envie, il est important qu’elles ne soient pas obligatoires et que la non-participation à celles-ci ne soit pas associée à des pénalités.

Pendant l’événement

Pendant l’événement, on peut d’abord éviter que tout ne tourne autour de la consommation d’alcool. Par exemple, on peut miser sur la popularité des mocktails afin d’offrir des alternatives intéressantes à un coût modique à ceux et celles qui veulent limiter leur consommation.  Dans le même ordre d’idées, on peut varier le type et la nature des activités qui sont offertes, notamment en offrant des activités qui sont intéressantes sans qu’elles impliquent nécessairement la consommation d’alcool. Le fait d’offrir un choix entre plusieurs activités permet également d’avoir des événements plus inclusifs et accessibles. Si on tient tout de même à présenter des activités dans lesquelles les personnes participantes peuvent consommer de l’alcool, il est préférable d’éviter les jeux qui impliquent la consommation d’alcool de manière rapide et en quantité importante.

En fonction du lieu sélectionné pour l’événement, on peut aussi organiser des tournées régulières du site pour vérifier la sécurité des personnes participantes, par exemple en allant faire un tour aux toilettes régulièrement et en identifiant et vérifiant les endroits plus sombres ou isolés. Enfin, il est toujours pertinent d’agir à titre de témoin actif, mais cela s’avère encore plus important dans de tels événements. Il peut donc être particulièrement intéressant de s’assurer que les personnes responsables de l’événement et celles qui y seront bénévoles suivent ou formation à cet effet ou de faire accréditer l’événement à l’aide du protocole Commande un Angelot.

Il faut aussi prévoir des dispositions afin de permettre aux personnes participantes de rentrer de façon sécuritaire : on peut préparer des coupons de taxis, avoir des bénévoles pour raccompagner, prévoir une sortie en « entonnoir » pour valider que les personnes intoxiquées quittent avec des gens de confiance, organiser un service de navette ou des autobus, afficher clairement (et d’avance) quels sont les services de raccompagnement et les transports disponibles pour les personnes qui pourraient ne pas être familières avec le coin ou la ville, etc.

Après l’événement

Il est primordial de faire un retour sur l’événement auprès des personnes participantes : pour ce faire, on adopte une attitude ouverte et on invite ceux et celles qui étaient présent·e·s à venir nous parler s’ils ou elles ont été témoins de situations problématiques. Dans le même ordre d’idées, on peut faire un sondage auprès des personnes participantes afin de leur demander ce qu’elles ont pensé de l’événement, ce qu’elles ont moins aimé, ce qui est à garder dans votre formule, quelles modifications elles apporteraient à votre modèle, etc. Ensuite, il est important de documenter tout ce que vous faites : vos bons coups, vos moins bons coups, ce qui marche et pourquoi ça marche, etc. De cette manière, vous mettez toutes les chances de votre côté pour que les mesures que vous avez mises en place soient renouvelées dans le futur !

Vous voulez en savoir plus ? 

Les pistes de réflexion présentées ici ne sont que quelques-uns des moyens et des considérations à prendre pour lorsqu’on cherche à prévenir les violences sexuelles dans les activités sociales ou festives. Le Collectif social offre de nombreuses formations sur les stratégies d’intervention des témoins et la prévention des violences sexuelles en contexte de consommation d’alcool. N’hésitez pas à nous écrire au hello@collectifsocialcollective.ca pour en savoir plus !

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Référence suggérée : Lajoie, Katherine. (2022, Juillet). Prévenir les violences sexuelles dans les activités festives et sociales. Le courage d’agir. couragetoact.ca/blog/bientot-la-rentree.

Katherine Lajoie (elle)

Katherine Lajoie occupe le poste de spécialiste en prévention et en sensibilisation des violences sexuelles au sein du Collectif social. À travers ce dernier, elle s’assure que l’offre de formation soit, en tout temps, conforme aux meilleures pratiques. Elle participe également au développement et au déploiement des campagnes et du matériel de formation offerts par le Collectif, et contribue à la mise en œuvre des activités prévues par celui-ci. Passionnée par la santé sexuelle et l’éducation sexuelle positive, elle complète actuellement un baccalauréat en sexologie à l’Université du Québec à Montréal et infuse donc son travail au sein du Collectif de ses acquis en ce qui a trait aux derniers développements dans le monde de la prévention et de la sensibilisation des violences sexuelles. Elle est impliquée dans la lutte contre les violences sexuelles et genrées depuis plusieurs années, et a, pendant son passage au collégial, participé au développement et à l’implantation d’une politique visant à prévenir et combattre les violences à caractère sexuel.

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