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La parfaite victime : révéler le difficile parcours juridique des personnes victimes et survivantes de violence sexuelle

Au Québec, Monic Néron et Émilie Perreault sont deux journalistes bien connues des organismes qui travaillent pour prévenir et contrer la violence sexuelle : ce sont notamment elles qui ont exposé les plaintes de nombreuses victimes et survivantes à l’endroit de Gilbert Rozon, en 2017. Elles ont d’ailleurs gagné le prix Judith-Jasmin pour leur reportage à ce sujet. Leur tout dernier projet, un documentaire intitulé La parfaite victime, a fait couler beaucoup d’encre depuis sa sortie au Québec, le 30 juin dernier. Et pour cause : l’affiche du film, qui montre un avocat en train de museler une femme ayant été victime d’une violence sexuelle, a de quoi faire réagir. Plusieurs lui ont reproché de « dépeindre le système judiciaire comme un allié des agresseurs » (Durocher, 2021a). L’une de nos coordonnatrices est allée voir le film pour y voir plus clair. Elle vous livre ses impressions dans le présent billet de blogue.

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Le film présente le parcours de quatre personnes – Sophie, Lily, Marcel et Elena – qui ont courageusement déposé une plainte aux autorités policières contre celui qui les a agressées. Pour certaines, le procureur ou la procureure des poursuites criminelles et pénales a choisi de ne pas déposer d’accusations, si bien que leur cause n’a pas pu être portée devant un juge dans le cadre d’un procès en droit criminel. Pour d’autres, le procès a eu lieu et la personne a été trouvée coupable, puis condamnée. Pourtant, l’expérience du processus judiciaire ne semble guère positive, même pour ceux et celles qui voient leur cause être entendue, les violences subies être reconnues et leur agresseur être condamné.

« Le film montre ce que les victimes vivent quand elles passent à travers pour essayer de dénoncer ou de porter plainte » – Denis Robert, productrice de La parfaite victime (Caillou, 2021)

La réalité du système judiciaire

On reproche au documentaire de ne pas avoir représenté objectivement la réalité du système judiciaire. Sauf que là n’était pas son objectif : on visait plutôt à représenter le processus judiciaire à travers les yeux des personnes victimes et survivantes qui doivent emprunter les voies déjà toutes tracées d’un système qui n’est pas le leur et qui n’a certainement pas été imaginé en tenant compte de leurs besoins, de leurs intérêts et de leur bien-être.

Et si cette perspective n’est peut-être pas tout à fait objective, elle est néanmoins essentielle pour améliorer un système qui donne trop souvent l’impression aux personnes victimes et survivantes qu’elles doivent être parfaites à tous instants pour avoir ne serait-ce qu’une chance que la personne qui leur a fait du tort soit reconnue coupable et condamnée. Ce point de vue est incontournable pour corriger les lacunes d’un système qui donne l’impression aux personnes qui y ont recours de se retrouver au banc des accusés et qu’elles comparent souvent à « une machine » froide, vide et sans cœur. Pour que le système judiciaire cesse de donner l’impression aux personnes victimes et survivantes qu’il les laisse tomber, il doit d’abord les écouter.

« Ce film n’a pas été réalisé pour décourager les victimes de porter plainte. Il a été réalisé parce que des victimes étaient déjà découragées » (Radio-Canada, 2021).

Des solutions

Le film expose clairement les nombreux biais qui peuvent venir s’immiscer dans le processus judiciaire et en teinter l’expérience pour les personnes victimes et survivantes. La critique est d’ailleurs éloquente lorsque l’un des criminalistes interrogés se tait, alors qu’on lui demande s’il connaît et comprend ce que sont les biais inconscients en matière de violence sexuelle.

Au fil des ans, plusieurs suggestions et pistes de solutions ont été formulées pour améliorer le processus judiciaire en ce qui concerne les crimes de nature sexuelle. En décembre dernier, un comité d’experts sur l’accompagnement des victimes de violence conjugale et de crimes sexuels a d’ailleurs déposé un rapport à cet effet au gouvernement québécois. Ce rapport, intitulé Rebâtir la confiance, comporte plusieurs recommandations qui visent à contrer bon nombre des lacunes du système judiciaire, telles que celles exposées dans La parfaite victime.

Nous espérons donc que le documentaire constitue l’étincelle nécessaire pour que les recommandations qui sont émises dans le rapport Rebâtir la confiance soient mises en application. D’ici là, nous vous invitons à visionner le film et à vous inspirer des recommandations du rapport dans le travail que vous accomplissez au quotidien sur les campus.

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Références : 

Caillou, Abbanelle (2021). « Pourquoi tant de victimes évitent-elles la justice ?», Le Devoir, 17 juin, [en ligne], https://www.ledevoir.com/culture/cinema/611508/agressions-sexuelles-pourquoi-tant-de-victimes-tournent-le-dos-a-la-justice

Durocher, Sophie (2021a). « La parfaite victime, un film imparfait », Le Journal de Montréal, 2 juillet, [en ligne], https://www.journaldemontreal.com/2021/07/02/la-parfaite-victime-un-film-imparfait

Durocher, Sophie (2021b). « Critiquer la parfaite victime », Le Journal de Montréal, 12 juillet, [en ligne], https://www.journaldemontreal.com/2021/07/12/critiquer-la-parfaite-victime

Radio-Canada (2021). « Émilie Perreault et Monic Néron défendent La parfaite victime face aux critiques », Radio-Canada, 6 juillet, [en ligne], https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1806824/emilie-perreault-monic-neron-defendent-parfaite-victime-critiques

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Citation suggérée : St-Gelais, Andréanne (2021). La parfaite victime : Révéler le difficile parcours juridique des personnes victimes et survivantes de violence sexuelle. Le courage d’agir. www.couragetoact.ca/blog/parfait-victime

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