Nouvelles

Recommandations pour le corps professoral et le personnel en matière de prévention de la violence fondée sur le genre

Présenté par : Belinda Karsen et Sasha Wiley-Shaw

Au cours des dernières années, les établissements d’enseignement postsecondaire à travers le Canada ont adopté des politiques visant à prévenir et contrer la violence sexuelle et ont alloué des ressources pour développer des programmes de prévention et d’éducation à ce sujet. Cependant, la priorité est souvent accordée aux publics étudiants plutôt qu’au corps professoral et aux membres du personnel, comme si la violence sexuelle était avant toute chose un problème étudiant. En conséquence, ceux et celles qui offrent des services de soutien à la violence sexuelle doivent souvent tenter d’offrir de la formation au corps professoral et aux membres du personnel sans avoir les ressources nécessaires pour y arriver. Cette façon de faire néglige le fait que la formation du corps enseignement et du personnel est tout aussi importante que celle de la communauté étudiante. Si les étudiants et les étudiantes passent certainement quelques années sur le campus, le corps professoral et les membres du personnel peuvent y être pendant des décennies. Si nous voulons engendrer un changement de culture au sein du réseau de l’enseignement postsecondaire, il est nécessaire de développer des programmes de formation complets pour le corps professoral et les membres du personnel.

Notre rôle comme intervenantes en matière de violence sexuelle comprend la formation du corps professoral et des membres du personnel. Nous sommes donc familières avec la complexité inhérente au fait de créer des ressources efficaces de prévention de la violence sexuelle à l’intention du personnel des établissements d’enseignement postsecondaire. Voici quelques suggestions à votre intention si, comme nous, vous cherchez à introduire ou à bonifier les activités destinées aux membres du corps professoral et du personnel dans le cadre du programme de prévention et de sensibilisation face à la violence sexuelle de votre établissement.

Tenir compte de vos capacités

Il est essentiel de tenir compte de vos capacités et de leurs limites, en particulier quand votre rôle et vos tâches sont vastes et diversifiés. Alors que nos emplois du temps sont déjà bien remplis, où trouver l’espace nécessaire pour élaborer et mettre en œuvre des activités de prévention et d’intervention en matière de violence sexuelle à l’intention du corps professoral et des membres du personnel ? Les meilleures pratiques en matière d’éducation permanente soulignent qu’il est nécessaire de prévoir du contenu pratique qui s’inscrit autant que possible dans le milieu de travail et les tâches professionnelles (Knowles, 1973 ; Garavan et al., 2020 ; Bin Mubayrik, 2020). Vous pouvez tenir compte des limites de vos capacités en mettant en application les recommandations suivantes :

  • Adapter le matériel que vous avez déjà plutôt que de créer de toutes pièces une nouvelle programmation à l’intention du corps enseignement et du personnel. L’usage de certaines terminologies et l’ajout d’exemples spécifiques à un rôle ou à une discipline, notamment à travers les mises en situation et les objectifs d’apprentissage, peuvent souvent suffire pour adapter le contenu.

  • Créer des ressources accessibles de manière asynchrones. Un répertoire de ressources virtuelles auquel le corps professoral et le personnel ont accès permet d’offrir de la formation tout en respectant les limites et la capacité des personnes participantes. L’apprentissage peut ainsi se faire sans que notre présence soit nécessaire, ce qui permet de mieux conjuguer avec la charge de travail déjà exigeante.

Naviguer à travers les hiérarchies institutionnelles

Lors de l’élaboration de ressources pédagogiques à l’intention du corps professoral et des membres du personnel, il est essentiel de porter une attention particulière aux disparités qui existent dans les conditions de travail des membres du personnel qui ont un contrat permanent et de ceux et celles qui ont un statut contractuel. Par exemple, les personnes chargées de cours ou d’enseignement tout comme les auxiliaires d’enseignement ne bénéficient pas toujours de temps consacré au développement professionnel. Selon votre établissement, le fait de suivre une formation sur la prévention de la violence sexuelle, de faire partie d’un comité consultatif ou de prendre part à un groupe de discussion n’est pas nécessairement reconnu dans le processus de titularisation et de promotion. Il est donc pertinent d’en savoir plus sur les conditions de travail de chacun des groupes qui composent le personnel de votre campus, et ce, afin de mettre en place des ressources et des opportunités de formation qui sont réalistes et qui ne contribuent pas à l’exploitation d’un personnel déjà précaire. Il est possible de naviguer à travers les hiérarchies institutionnelles à l’aide de ces quelques recommandations :

  • Examiner les conventions collectives ; établir des relations avec les représentants et les représentantes des groupes syndicaux et des ressources humaines ; ou discuter avec des partenaires de confiance pour en savoir plus sur les conditions de travail de chacun des groupes qui composent le personnel.

  • Développer une variété de ressources et de mesures de prévention qui respectent les capacités et les conditions de travail de chaque groupe. Il peut s’agir de campagnes d’affichages, de publications sur les réseaux sociaux, d’articles de blogue, de guides résumés ou de ressources hébergées en ligne.

  • Reconnaître que les membres du personnel ayant un statut d’emploi précaire ou qui se trouvent à l’intersection de plusieurs systèmes d’oppression sont souvent sollicités et sollicitées pour prendre part à ces activités, la plupart du temps sans reconnaissance ni compensation (Hayes-Smith et al., 2010 ; Shayne, 2017).

Trouver vos porte-paroles

Le travail de prévention et de sensibilisation face à la violence sexuelle est plus efficace lorsqu’il est réalisé en collaboration. Il faut donc trouver des membres du corps professoral et du personnel qui partagent vos valeurs et qui détiennent un certain pouvoir institutionnel. Ces porte-paroles peuvent vous présenter à d’autres personnes, faire inscrire vos points à l’ordre du jour de certaines réunions, amplifier vos communications ou même contribuer au développement des formations et des ressources. Voici quelques recommandations qui vous aideront à trouver vos porte-paroles :

  • Identifier les unités académiques ou non académiques qui sont orientées vers la justice sociale ou qui œuvrent dans des domaines adjacents tels que la santé publique, le travail social ou les études sur le genre et la sexualité. Il est plus facile de commencer par les départements et les personnes qui soutiennent déjà votre mandat.

  • Quand vous rencontrez une personne qui pourrait potentiellement agir comme porte-parole, n’hésitez pas à lui demander de vous nommer d’autres personnes que vous pourriez également approcher. Elle pourrait vous offrir de faire les présentations.

  • Les porte-paroles souhaitent souvent soutenir notre travail, mais ne savent parfois pas comment s’y prendre. Formulez une demande claire lorsque vous les rencontrez pour la première fois. Par exemple, cela pourrait être l’ajout d’une présentation à l’ordre du jour d’une réunion départementale, au cours d’une retraite au sein du département ou lors d’une journée dédiée au développement professionnel.

  • Rechercher les avantages mutuels. Assurez-vous que les relations que vous entretenez avec vos porte-paroles soient équitables et réciproques. Y a-t-il des besoins ou des lacunes au sein de leur département pour lesquels vous pourriez apporter votre aide ? Quand vous offrez de partager votre expertise ou de soutenir un ou une partenaire sur le campus, faites preuve de clarté à l’égard de vos capacités, des résultats attendus et des délais à prendre en compte.

  • Exprimer sa gratitude. Reconnaissez le travail réalisé par vos porte-paroles et remerciez-les d’une façon qui est réaliste pour vous. Par exemple, faites-leur parvenir une carte de remerciements personnalisée ou un petit cadeau. Vous pourriez aussi reconnaître leur contribution dans les ressources que vous avez développées en partenariat ou simplement prendre le temps de nourrir vos liens humains.

Nous travaillons dans des environnements complexes où de multiples besoins concurrents coexistent. Il est facile de se faire happer par l’éternel travail à faire auprès des communautés étudiantes, notamment parce que les besoins et les façons de solliciter leur engagement sont relativement clairs. Cependant, lorsque nous tombons dans ce piège, nous négligeons de prendre en compte les personnes qui ont l’impact le plus durable sur la culture au sein d’un établissement d’enseignement postsecondaire. Pour parvenir à faire changer les choses en ce qui concerne la violence sexuelle, il faut tenir compte de nos capacités, naviguer à travers les hiérarchies institutionnelles et trouver des porte-paroles. C’est ainsi qu’il sera possible de mobiliser le corps professoral et les membres du personnel vers un véritable changement de culture au sein de nos établissements.
Pour des recommandations additionnelles au sujet de la formation du corps professoral et du personnel, veuillez consulter les pages 115 à 117 du rapport Le courage d’agir.

_________
Référence suggérée : Karsen, Belinda ; Wiley-Shaw, Sasha (2022, Mars). Recommandations pour le corps professoral et le personnel en matière de prévention de la violence fondée sur le genre. Le courage d’agir. www.couragetoact.ca/blog/recommandations

Belinda Karsen

Belinda Karsen (elle) est la spécialiste de l’éducation à la prévention de la violence sexuelle à l’Université Simon Fraser, située sur les territoires non cédés des nations xʷməθkʷəy̓əm (Musqueam), Sḵwx̱wú7mesh Úxwumixw (Squamish), səl̓ilw̓ətaʔɬ (Tsleil-Waututh) et kʷikʷəƛ̓əm (Kwikwetlem). Avant de se joindre au Bureau de soutien et de prévention de la violence sexuelle de l’Université Simon Fraser, Belinda était chargée de projet pour le programme de prévention de la violence sexuelle à l’Université de la Vallée de Fraser. Elle est actuellement co-présidente de la communauté de pratique sur la prévention et la lutte contre la violence sexuelle de l’ASEUCC. Belinda a complété ses études doctorales en anglais à l’Université York. Sa thèse interdisciplinaire portait sur les représentations de la mémoire traumatique dans la littérature canadienne contemporaine.

Références

Bin Mubayrik, H. F. (2020). “New trends in formative-summative evaluations for adult education”. SAGE Open. https://doi.org/10.1177/2158244020941006

Garavan, T.N., Morley, M., Gunnigle, P., & McGuire, D. (2002). “Human resource development and workplace learning: emerging theoretical perspectives and organisational practices”. Journal of European Industrial Training 26(2/3/4), 60-71. https://doi.org/10.1108/03090590210428133

Hayes-Smith, R., Richards, N., & Branch, A. (2010). “‘But I’m not a counsellor’: The nature of role strain experienced by female professors when a student discloses sexual assault and intimate partner violence”. Enhancing Learning in the Social Sciences, 2(3), 1-24, DOI: 10.11120/elss.2010.02030006

Knowles, M. (1973). “The adult learner: A neglected species”. Houston, TX: Gulf Publishing Company.

Shayne, J. (2017, September 15). “Recognizing emotional labour in academe”. Inside Higher Ed. https://www.insidehighered.com/advice/2017/09/15/importance-recognizing-faculty-their-emotional-support-students-essay

Nouvelles connexes