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Questions indécises: les relations personnelles entre le corps enseignant et la population étudiante

Par: Laxana Paskaran pour le groupe de travail sur les signalements, les enquêtes et les processus décisionnels du projet Le courage d’agir

Introduction 

Au fil des dernières années, la société entretient une conversation sans précédent sur la question des relations personnelles entre le corps enseignant et la population étudiante et sur la manière dont les établissements d’enseignement supérieur (“établissements”) devraient – ou ne devraient pas – réagir. Actuellement, alors que certains établissements n’abordent pas directement cette question, les établissements qui ont publié des politiques en la matière adoptent l’une des deux approches suivantes : soit de classer ces relations comme étant un conflit d’intérêts, ou de les proscrire purement et simplement. Cependant, cette divergence crée une ambiguïté quant aux concepts du consentement, des dynamiques de pouvoir, et du rôle des établissements dans le traitement ou la réglementation des relations entre les membres de la population étudiante et les membres du corps enseignant. Le Comprehensive Guide to Campus GBV Complaints du projet Le courage d’agir cible cette problématique comme étant une « questions indécises ». Celle-ci nécessite une conversation nationale qui réfléchit à l’ambiguïté susmentionnée afin de parvenir à un consensus sur la question à travers les établissements canadiens.

Pourquoi la question est-elle indécise ?

Cette question s’avère difficile compte tenu de la portée limitée des établissements en ce qui concerne les relations personnelles entre le corps enseignant et la population étudiante. La nature multidimensionnelle des dynamiques de pouvoir en jeu complique encore la situation. Le corps personnel maintient un pouvoir important leurs étudiant.e.s qui se manifeste dans l’évaluation des examens et des travaux, le processus de recrutement pour les stages, le processus de référencement et plus encore. Les dynamiques de pouvoir dans ce contexte engendrent d’autres difficultés en ce qui concerne le consentement, les conflits d’intérêts et l’intégrité académique. Tel que mentionné, les réponses institutionnelles à cette question varient. L’Université du Manitoba décourage fortement ce type de relation personnelle, alors que l’Université Laval le proscrit nettement. D’autres établissements, tel que l’Université de l’Alberta, distinguent clairement les relations personnelles des conflits d’intérêts en se concentrant sur la question des conflits d’intérêts plutôt que sur la relation en soi. Toutefois, ce sujet soulève une troisième question : le contrôle des relations personnelles du corps enseignant, de la population étudiante et des autres membres de la communauté du campus dépasse-t-il la portée des établissements ?

Comment pouvons-nous tenter d’y répondre ?

Dans le Comprehensive Guide, d’autres questions indécises ont été explorées par un groupe d’expert.e.s sur les plaintes liées à la violence genrée au Canada. Le groupe d’expert.e.s, disposant d’une expérience significative dans le travail de la prévention et le soutien en ce qui concerne la violence genrée sur les campus, a fourni des informations importantes sur l’adjudication, la provision des informations juridiques, la recherche et le soutien des survivant.e.s, ainsi que des personnes ayant causé du tort. Ces informations se basent, entre autres, sur les expériences professionnelles des expert.e.s avec leur propres populations étudiantes et corps enseignants, de même que les discussions qui se sont ensuivies entre eux et elles. Par conséquent, le guide offre des recommandations nuancées et réfléchies sur ces questions contentieuses.

Notre approche face à cette question indécise utilisera donc la même méthodologie : convoquer un ensemble d’expert.e.s pour une table ronde. Ainsi, cette discussion sera la fondation de notre rapport dont les objectifs sont de fournir des conseils à ce sujet, d’offrir de recommandations pertinentes et de souligner des pratiques prometteuses pour les établissements sur la question des relations personnelles entre le corps enseignant et la population étudiante. De plus, le rapport contribuera à cette conversation nationale et inédite des intersections du consentement, des conflits d’intérêts et des dynamiques de pouvoir dans le contexte des relations personnelles —qu’ils se développent au sein d’un campus ou d’un lieu de travail.

La table ronde sur les questions indécises concernant les relations personnelles s’est tenue le 25 mai 2022 et le rapport correspondant du groupe de travail a été publié récemment. Pour plus d’informations, cliquez ici.

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Citations: 

Eerkes, D., De Costa, B. & Jafry, Z. (2020). A Comprehensive Guide to Campus Gender- Based Violence Complaints: Strategies for Procedurally Fair, Trauma-Informed Processes to Reduce Harm. Courage to Act: Addressing and Preventing Gender-Based Violence at Post-Secondary Institutions in Canada.

Page, J. (2018, le 12 octobre). Université Laval staff, students reach consensus on policy to counter sexual violence. CBC News. www.cbc.ca/news/canada/montreal/universite-laval-policycountering-sexual-violence-1.4860822

University of Alberta. (2020, le 11 décembre). Consensual personal relationships [Information document]. policiesonline.ualberta.ca/PoliciesProcedures/InfoDocs/@academic/documents/infodoc/Consensual%20Personal%20Relationships%20Info%20Doc.pdf

University of Manitoba. (n.d.). Relationships between university employees and students: A guide for university employees who teach or support students [Document informatif]. umanitoba.ca/student/media/Relationships-Between-Employees-and-Students.pdf

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Le Groupe de travail sur les signalements, les enquêtes et les processus décisionnels se concentre sur le processus de plaintes formelles en matière de violence fondée sur le genre dans un contexte d’établissement d’enseignement supérieur. Les membres du groupe ont pour but d’infuser les processus procéduraux à travers des campuses avec des pratiques qui prennent compte les traumatismes des diverses personnes qui y sont impliquées. Conséquemment, cette prise en compte réduira les préjudices subis par les plaignants, les défendeurs, les témoins et tous les membres du personnel et du corps enseignant impliqués dans le processus, du dévoilement à l’appel. Le groupe de travail sur les signalements, les enquêtes et les processus décisionnels est l’un des trois groupes de travail du projet le Courage d’agir. Chaque groupe de travail est composé d’experts dans leurs domaines respectifs, provenant de tout le Canada. Les membres ce groupe sont Deborah Eerkes et Britney De Costa, avec des contributions de Zanab Jafry.

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Citation suggérée: Paskaran, Laxana. (2022, avril). Questions indécises: les relations personnelles entre le corps enseignant et la population étudiante. Le courage d’agir. www.couragetoact.ca/blog/questions-indecises.

Laxana Paskaran

Laxana Paskaran est assistante de recherche du projet en apprentissage expérientiel présenté par Le courage d’agir. Elle est aussi candidate à la maîtrise en éducation pour la justice sociale spécialisant en études ethniques, de l’immigration et du pluralisme à l’Université de Toronto (l’UdeT). Laxana est diplômée d’un baccalauréat spécialisé en sciences de l’environnement et en anglais, également de l’UdeT. Elle possède plus que cinq ans d’expérience dans la recherche, l’analyse des politiques et la gestion de programmes. Parmi ses expériences de gestion figurent de nombreux projets relatifs aux droits de l’homme et à la justice sociale, grâce aux postes qu’elle a occupés au sein de la Fondation Leacock, le Centre de soutien en matière de prévention de la violence à caractère sexuel de l’UdeT et le Centre Adayaalam pour la recherche politique.

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