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Convaincre un gouvernement provincial d’agir concrètement contre la violence genrée : réflexions sur l’expérience de mobilisation étudiante en contexte québécois

Présenté par : Noémie Veilleux, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et Jade Marcil, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ)

Cela fait déjà près d’une décennie que les associations étudiantes québécoises sont au-devant de la vague afin de dénormaliser, prévenir ainsi que combattre les violences sexistes et sexuelles dans les milieux d’enseignement supérieur. Convaincues que tout changement de culture se doit de passer par l’éducation, celles-ci ont fait de l’application de la Loi visant à prévenir et combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur leur cheval de bataille des dernières années auprès du gouvernement québécois. L’objectif de la Loi P-22.1 étant de renforcer les actions pour prévenir les violences commises par le biais de pratiques sexuelles ou ciblant la sexualité, et contribuer à favoriser un milieu d’apprentissage sain et exempt de violence, le déploiement de politiques institutionnelles s’est avéré nécessaire dans tout établissement d’enseignement québécois.

Le choix du Québec de légiférer de manière uniforme dans toute la province, provient de pressions du mouvement étudiant québécois. Suite à la mise en lumière de la gravité de la situation, les associations étudiantes se sont fortement mobilisées pour demander au gouvernement d’agir. La législation entourant les violences à caractère sexuel en enseignement supérieur fait du Québec un leader novateur dont les autres provinces gagneraient fortement à s’inspirer.

La Loi, exigeant de chaque établissement d’enseignement supérieur l’adoption d’une politique institutionnelle, a permis aux associations étudiantes de prendre part aux travaux de réflexion tant dans les sphères politique qu’institutionnelle, au niveau local ainsi que national. Que ce soit par le biais de comités de travail internes dans les établissements ou par une représentation politique nationale auprès du gouvernement en place, un long chemin a été parcouru afin de mener les institutions québécoises où elles en sont aujourd’hui.

Bien que le déploiement de politiques soit un premier pas favorisant un climat sécuritaire sur le campus, cela ne s’avère que le point de départ d’un long chemin duquel la mobilisation étudiante ne doit s’éloigner. Alors qu’il revient désormais aux établissements d’enseignement et au ministère de l’Enseignement supérieur d’assurer la bonne application des politiques, les associations étudiantes doivent maintenir un taux d’implication suffisamment élevé afin de critiquer et améliorer ce déploiement.

C’est la force étudiante qui mène le Québec à vouloir se dépasser et éradiquer la culture du viol dans nos campus. C’est cette fougue chez les personnes impliquées dans leurs associations étudiantes qui fait la différence.

Sans la mobilisation étudiante, ces politiques seraient traitées d’un œil simplement juridique, alors qu’à l’heure actuelle, elles le sont également d’un point de vue social et politique, et ce directement dans nos milieux d’enseignement. Elles sont traitées comme le désir d’un changement structurel, et non pas qu’institutionnel. Cette Loi, ces politiques, ne sont rien sans les initiatives qui lui donnent vie.

Depuis l’adoption de la Loi P-22.1, les associations étudiantes nationales, soient la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et l’Union étudiante du Québec (UEQ), s’adonnent à un exercice de représentation et de pression politiques soutenu. Suivant de près les travaux du gouvernement, la FECQ et l’UEQ ont travaillé au bon déploiement de la Loi, à la création d’outils de soutien aux établissements, d’un guide d’application des politiques institutionnelles, mais également sur un bilan qui fait état de l’application des politiques, deux ans après leur adoption, malgré qu’il soit parfois difficile d’avoir accès aux informations pertinentes. Participant ainsi à des comités d’orientation de recherche, l’organisation d’événements traitant des violences sexistes et sexuelles, tout en soutenant les associations étudiantes de campus dans l’application de leurs politiques, les regroupements étudiants nationaux sont proactifs dans la lutte depuis le premier jour, et le seront jusqu’au tout dernier, cette lutte est trop importante.

Au sein des établissements, autant dans les cégeps que les universités, les associations étudiantes de campus sont à leur tour en charge de veiller à ce que leurs administrations respectent, tout autant qu’incarnent, leur politique institutionnelle. Que ce soit par l’organisation d’activités de sensibilisation, de prévention, ou encore dans le déploiement d’une formation obligatoire, rien ne peut être laissé au hasard. La Loi régissant les actions des administrations n’étant en aucun point coercitive, outre que par les redditions de compte financières des établissements, il importe que tous les partenaires du milieu de l’enseignement supérieur connaissent, mais aussi comprennent, les impacts d’une application exemplaire des politiques principalement sur la communauté étudiante.

Ce qui fait la différence, à bien des égards, est la communication entre les milieux étudiant et institutionnel. Dans les établissements qui créent des tables d’échange permettant l’implantation d’un plan d’action concerté en matière de lutte aux violences, il est possible de constater de meilleurs résultats et plus d’actions concrètes. Les associations étudiantes sont les yeux et les oreilles de leur communauté, et il importe donc de les encourager à s’investir dans les démarches de leur établissement afin de s’assurer que ce qui est mis en place réponde bel et bien aux besoins étudiants.

À cet égard, la concertation de tous et de toutes n’apporte qu’une solidité aux plans d’action déployés dans toute la province. Les réalités d’une région à l’autre diffèrent et même si les actions étudiantes nationales ont des impacts considérables sur le déploiement des stratégies gouvernementales, rien ne vaut la collaboration d’une administration et de son association étudiante sur le dossier des violences à caractère sexuel.

Cela, bien qu’avenant, demande une écoute de la partie institutionnelle. Une écoute, mais aussi un désir de réellement entendre ce que les étudiants et les étudiantes ont à dire. Plus souvent qu’autrement, cette écoute permet la consolidation de bonnes pratiques dans les établissements et l’établissement de consensus d’action.

La concertation par tables régionales est aussi l’une des pratiques à dénoter; en effet, le milieu des intervenant.es s’étant mobilisé sur la question, il a été possible dans la dernière année d’assister à la création de tables d’échange, de discussion et de partage. Ces tables, ayant comme premier objectif la diffusion des initiatives, se sont avérées fort pertinentes lorsqu’il était question d’optimisation des ressources, qui sont encore à ce jour plutôt limitées.

Alors que cette lutte est née chez les associations étudiantes, c’est maintenant l’affaire de tous et de toutes. Le milieu de l’enseignement supérieur ayant pris acte d’une culture à éradiquer sur les campus, c’est par cette ambition partagée de changer les choses, ainsi que par le maintien de l’influence du syndicalisme étudiant québécois, que nous continuerons de faire avancer la lutte aux violences à caractère sexuel au Québec, et éventuellement, nous l’espérons, au Canada.

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Référence suggérée : Veilleux, Noémie. et Marcil, Jade. (2021, avril). Convaincre un gouvernement provincial d’agir concrètement contre la violence genrée : Réflexions sur l’expérience de mobilisation étudiante en contexte québécois. Le Courage d’agir. www.couragetoact.ca/blog/provincial-contre

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Noémie Veilleux

Noémie Veilleux a étudié au Cégep de Sainte-Foy et s’est impliquée dans l’association étudiante de son établissement d’enseignement. Elle milite activement pour l’accessibilité à l’éducation de par ses diverses implications. Noémie en est à son deuxième mandat à la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) où elle agit désormais à titre de présidente de l’organisation. Au quotidien, elle défend les droits et représente les intérêts de la population étudiante collégiale auprès de la classe politique. Elle a également  été, pendant plusieurs années, administratrice de l’organisme Sans oui, c’est non!, une organisation de prévention et de lutte aux violences à caractère sexuel en enseignement supérieur. Son implication dans la lutte aux violences sexuelles se traduit par la coordination de divers projets étudiants, sa présence aux tables intersectorielles et sa contribution à divers projets de recherche liés aux violences sexistes et sexuelles.

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Jade Marcil

Jade Marcil est présentement présidente de l’Union étudiante du Québec, une organisation qui regroupe 10 associations étudiantes universitaires à travers le Québec, représentant ainsi 91 000 personnes étudiantes. Elle a complété en 2018 un baccalauréat en enseignement secondaire en univers social à l’Université du Québec à Trois-Rivières et a débuté une maîtrise en administration de l’éducation. Elle s’est impliquée dans son association étudiante locale d’enseignement dès ses débuts de son parcours, pour ensuite défendre les droits académiques des étudiants et des étudiantes de premier cycle à l’Association générale étudiante de l’UQTR. Elle s’est ensuite présentée à l’Union étudiante du Québec pour défendre les droits des personnes étudiantes de partout au Québec depuis le printemps 2019.

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