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Agir avec courage : recommandations aux établissements d’enseignement postsecondaire pour prévenir et contrer la violence fondée sur le genre sur les campus (partie 1)

Présenté par : Alice Girouard et Andréanne St-Gelais

Le rapport Le courage d’agir : élaborer un cadre national pour prévenir et contrer la violence fondée sur le genre dans les établissements d’enseignement postsecondaire a été publié en octobre 2019.

Ce rapport, qui a été alimenté par le vécu et l’expérience de personnes ayant subi de la violence genrée, de la communauté étudiante, des personnes qui oeuvrent en recherche et en première ligne de même que des personnes qui se spécialisent dans l’application des politiques institutionnelles à ce sujet, ce rapport a permis de mettre en lumière ce qui pourrait constituer les bases d’un Cadre pancanadien pour prévenir et contrer la violence fondée sur le genre dans les établissements d’enseignement postsecondaire. Il comporte également bon nombre d’idées novatrices, de pratiques prometteuses et d’appels à l’action à l’intention des établissements d’enseignement postsecondaires pour lutter contre la violence fondée sur le genre. Le rapport soulignait également tout le travail effectué actuellement sur les campus à travers le Canada, ainsi qu’un certain nombre de recommandations clés (#ActionsCourageuses) pour aider les établissements d’enseignement postsecondaire à améliorer leurs pratiques, leurs politiques et leurs procédures relatives à la violence fondée sur le genre et à œuvrer en faveur de la prévention.

Cette série d’articles de blogue en deux parties développe ces recommandations clés, en offrant un regard plus approfondi sur le travail important qui s’effectue dans les établissements d’enseignement postsecondaire francophones à travers le pays pour lutter contre la violence fondée sur le genre sur les campus et la prévenir. Il faut beaucoup de courage pour agir et c’est avec beaucoup de gratitude que nous apprenons et que nous travaillons à vos côtés.

Le travail en matière de prévention et de lutte contre les violences sexuelles et genrées se poursuit et évolue constamment sur les campus à travers l’ensemble du pays. De plus en plus d’exemples de ressources novatrices sont créés chaque jour. Si vous avez une ressource ou un exemple que vous souhaitez voir ajouter à cette liste, veuillez l’envoyer à andreanne@couragetoact.ca.

Recommandations clés (Rapport Le courage d’agir, 2019, pp. 21)

Adopter des solutions autochtones déjà utilisées pour éliminer la violence envers les femmes et les filles autochtones, ainsi que les personnes bispirituelles ou non binaires. Un élément essentiel de la lutte contre la violence fondée sur le genre sur les campus consiste à s’attaquer à l’héritage de la violence coloniale qui continue d’avoir des répercussions sur les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et non binaires métisses, inuites et des Premières Nations. Pour commencer, voici deux rapports fondamentaux rédigés en étroite collaboration avec les peuples autochtones : Réclamer notre pouvoir et notre place : Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (FFADA) (2019) et Commission de vérité et de réconciliation du Canada: Appels à l’action (2015). Nous allons également explorer ci-bas des exemples de bonnes pratiques actuellement en place dans les établissements d’enseignement postsecondaire francophones.

Utiliser une approche informée sur les traumatismes engendrés par la violence fondée sur le genre dans l’offre de services de soutien, l’éducation et le suivi des plaintes et des signalements. Travailler avec et soutenir les personnes ayant vécu de la violence fondée sur le genre nécessite que les services offerts, les mesures de prévention et les structures de dénonciation emploient une approche tenant compte des traumatismes et centrée sur les besoins des personnes survivantes. Les établissements d’enseignement postsecondaire suivants ont mis en œuvre des programmes, des politiques et des pratiques qui incarnent cela :

Reconnaître l’initiative et le savoir-faire du milieu étudiant. Les efforts pour lutter contre la violence fondée sur le genre sur les campus s’appuient sur des décennies d’activisme de la part de la communauté étudiante. Il est nécessaire pour les établissements d’enseignement postsecondaire de soutenir le savoir-faire du milieu étudiant en collaborant au déploiement de ses initiatives, en les mettant en lumière et en leur octroyant des ressources et du financement. Voici des exemples de programmes et d’initiatives élaborés par la communauté étudiante qui peuvent agir à titre d’inspiration pour votre campus :

Travailler en collaboration avec les grands mouvements qui luttent contre la violence fondée sur le genre. Dans chacune de nos communautés, il y a des personnes engagées possédant une expertise précieuse, de par leur travail en première ligne ou grâce à leurs connaissances en recherche. Créer des opportunités de collaboration significatives est essentiel pour améliorer la prévention et la lutte contre la violence fondée sur le genre dans les établissements d’enseignement postsecondaire. Voici des exemples de partenariats réussis dans des établissements d’enseignement postsecondaire francophones :

  • En mai 2020, Le Courage D’agir a rédigé un article de blog intitulé « 6 manières de collaborer avec les organisations communautaires ». Notre objectif commun de mettre fin à la violence fondée sur le genre nécessite une collaboration entre les organisations communautaires et les établissements d’enseignement postsecondaire, qui peut être facilitée grâce aux six astuces recensées dans l’article.

  • Plusieurs tables de concertation en matière de violence sexuelle et genrée ont été formées à travers l’ensemble du territoire québécois. Habituellement associées à une région ou à une municipalité régionale de comté (MRC) en particulier, ces tables regroupent différents organismes communautaires qui oeuvrent en première ligne pour offrir du soutien aux personnes victimes et survivantes ainsi que les personnes-ressources qui interviennent en matière de prévention et de lutte contre la violence sexuelle et genrée au sein des établissements d’enseignement postsecondaire.

  • L’organisme Juripop, qui offre des ressources gratuites d’information et d’accompagnement juridique aux personnes ayant vécu des violences sexuelles ou du harcèlement au travail, collabore régulièrement avec les associations étudiantes et les établissements d’enseignement postsecondaire pour offrir de l’information juridique sur les campus.

  • Les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) entretiennent généralement des liens étroits avec les établissements d’enseignement postsecondaire de leur région. Ils peuvent notamment offrir des ateliers de prévention, des kiosques d’informations ainsi que des campagnes de sensibilisation adaptées à l’âge et aux réalités des groupes rencontrés.

  • Un certain nombre d’établissements d’enseignement postsecondaire ont également mis en place un protocole d’entente entre leur établissement et une ressource communautaire qui œuvre dans leur milieu. Ce type d’entente permet de partager l’expertise et d’offrir un soutien accru aux personnes victimes et survivantes qui évoluent sur le campus. À titre d’exemple, vous pouvez consulter le Bilan du partenariat entre l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et le CALACS Trêve pour Elles.

  • L’organisme Boscoville a récemment collaboré avec plusieurs établissements d’enseignement collégial de même qu’avec la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur dans le cadre de la réalisation du Projet intercollégial d’étude sur le consentement, l’égalité et la sexualité (PIECES).

Réaliser périodiquement des collectes de données sur le rendement ainsi que des évaluations et des enquêtes sur le climat des campus. L’évaluation devrait être utilisée pour aider les établissements d’enseignement postsecondaire à comprendre dans quelle mesure leurs politiques et leurs stratégies sont efficaces pour prévenir et lutter contre la violence genrée. Vos services font-ils ce qu’ils sont censés faire ? Les ressources sont-elles utilisées de manière adéquate ? Les mesures d’éducation déployées sur le campus améliorent-elles la culture du consentement ? Quel est l’impact sur la communauté étudiante, le corps professoral et le personnel ? Les mesures de performance, les évaluations et les enquêtes sur le climat servent toutes à donner une idée plus claire de la façon dont les ressources déployées contribuent au développement d’une culture du consentement au sein de votre communauté. Voici des exemples de ressources développées par le gouvernement, des groupes de recherches ou d’autres établissements d’enseignement supérieur et qui abordent la question de l’évaluation, des mesures de performance et du climat sur les campus.

Financer à long terme les services et l’éducation en matière de violence fondée sur le genre. Ce travail nécessite un financement continu, dédié et durable provenant de sources multiples, notamment du gouvernement, des établissements d’enseignement postsecondaire et des institutions privées. Ci-dessous, vous trouverez des exemples qui illustrent la manière dont le financement durable soutient les initiatives et les services visant à prévenir et contrer la violence fondée sur le genre dans les établissements d’enseignement postsecondaire :

Pour en savoir plus sur ces recommandations, consultez le rapport du projet Le courage d’agir (2019). Les recommandations restantes et les ressources qui les accompagnent sont couvertes dans la deuxième partie de cet article.

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Référence suggérée : Girouard, A., St-Gelais, A. (mai, 2021). Agir avec courage : Recommandations aux établissements d’enseignement postsecondaire pour prévenir et contrer la violence fondée sur le genre sur les campus. Le Courage d’agir. www.couragetoact.ca/blog/agir-avec-courage

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Alice Girouard

Alice Girouard, consultante pour la communauté de pratique francophone, détient un baccalauréat en psychologie de l’Université Laval et est actuellement candidate au doctorat en psychologie à l’Université de Montréal. Son expérience en recherche porte sur l’intimidation chez les personnes représentant la diversité sexuelle et de genre, et elle vise à favoriser l’équité et la justice à travers ses engagements professionnels et communautaires.

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Andréanne St-Gelais

Andréanne St-Gelais est gestionnaire de projets et titulaire d’une maîtrise en administration publique de l’École nationale d’administration publique. Elle a œuvré à titre de directrice générale de même qu’au sein du conseil d’administration de l’organisme « Sans oui, c’est non ! », une campagne visant à prévenir et contrer les violences sexuelles au sein des établissements d’enseignement supérieur du Québec. Andréanne coordonne les activités francophones du projet Le Courage d’Agir. Auparavant, elle a également assuré la mise sur pied des séances de consultation « Écouter pour apprendre » du Québec pour le compte de Possibility Seeds Consulting.

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